De plus en plus d’entreprises et de multinationales s’installent au Maroc. C’est une bonne nouvelle dans la mesure où ces entreprises transfèrent quelques personnes du statut d’oisif de terrasse de café à celui de trimeur opérateur. Certes, le SMIG est, par définition, pas sonnant et très trébuchant, mais c’est toujours mieux que la dèche. Côté face, on lit que la démarche du gouvernement est positive et qu’elle fait baisser le taux de chômage. Des actions de pilotabilité sont entreprises pour faire passer les jeunes d’un état de la «pitoyabilité» à «l’employabilité». Toute entreprise qui décharge l’Etat d’un chômeur se voit attribuer pèse et ristournes. Tant mieux si cela fait employer votre fils et vous évite les taxes quotidiennes de ses clopes et la dîme de sa copine. Côté pile, c’est le paradoxe. Les chefs d’entreprises qui se sont installées dans les pôles technologiques se plaignent d’un manque de main d’œuvre qualifiée. En outre, ils ne savent plus à quel saint s’adresser pour trouver une solution immédiate à cette carence. Un coup, c’est saint OFPPT qui dit que c’est lui qui…; un autre, c’est sidi Ministère qui se proclame faiseur de solutions; une autre fois, c’est lalla Sous-secrétariat qui organise, etc. Les rigoureux managers délocalisés regardent cette joyeuse pagaille avec consternation et inquiétude. Leurs angoisses quant aux fâcheuses conséquences de ce manque sur le développement de leur boîte augmentent crescendo. Il manque à ces nouveaux installés des techniciens de maintenance, des soudeurs, des tôliers, des informaticiens, des électroniciens, des opérateurs de call-center et autres boulonneurs de goujons. Mais, ce qui manque le plus et qui fait jeter plus de 50% des candidats au taf dans ces multinationales, c’est l’expression française et anglaise. Malgré le pétrole arabe et les milliards de dollars de nos frères, la langue arabe ne constitue pas encore un critère de recrutement dans ces filières. Je dirais même que plus tu es pratiquant de l’arabe, plus tes chances de travailler s’amenuisent. Votre bambin doit donc maitriser le français ou l’anglais pour trouver, difficilement, un job. Une agence locale a présélectionné 8.000 personnes pour un opérateur call-center après avoir fait passer 32.000 personnes à travers un test de connaissance du français. Après seconde entrevue, l’opérateur n’en a retenu qu’un millier de personne environ, qui s’expriment à peu près correctement. C’est en 1980 qu’une inflexion est apparue dans les courbes de l’emploi par l’apparition du chômage des jeunes diplômés. Les responsables de rien nous avaient raconté à l’époque que cela était dû à une structure démographique tarabiscotée et à la montée en chiffre des étudiants de l’enseignement supérieur. On avait alors créé le bac à courte date de péremption (toujours en application) et le Conseil National de la Jeunesse et de l’Avenir en rose. Les différentes politiques de régulation de l’emploi adoptées depuis sont restées au stade de mécanismes inefficaces. De mon point de vue, les difficultés à ce niveau viennent de l’inefficience du système d’enseignement et de formation, ainsi que de l’absence de savoir-faire et savoir-être. Le contenu de la formation est théorique et reste toujours à des milliers de kilomètres de la réalité de l’entreprise. Pour trouver rapidement un emploi, ou même un stage non rémunéré, il vous faudrait passer par le réseau familial ou informel. Si vous n’avez ni «Ba-sidi», ni «Milalla» vous allez faire honte au programme «Moqawalati» et vous n’allez pas améliorer «l’employabilité» prônée par le ministre de l’Emploi. Comment? Quoi?, vous ne savez pas ce que c’est que l’employabilité! Alors apprenez que c’est encore un de ces concepts pièges. Il renvoie aux conditions d’insertion des jeunes. Ils seront décomptés à partir de critères spécifiques en relation avec la durée de leur chômage et la valeur de leur diplôme. Encore un truc à bananer pour lequel on ne sait même pas s’il existe des données suffisantes. Casablanca le 31/05/06 par Driss Fahli |